LE PIEGE DE L'ADDICTION - CSCB Sceaux


Pour la troisième année consécutive, notre association était invitée à concevoir et animer la journée Prévention du Centre Social et Culturel des Blagis (CSCB) à Sceaux, le 25 novembre 2017. Le thème retenu cette année était l’addiction, en particulier à l’alcool, thème sensible qui a attiré 60 participants.
En préparant le sujet, nous nous sommes vite rendu compte que le thème était vaste, qu’il constituait un sujet d’inquiétude pour bon nombre de parents, et que le nombre de personnes addicts à une substance était loin d’être négligeable. C’est d’ailleurs ainsi que Jean-Luc Martin, infirmier addictologue a démarré la séance en annonçant quelques chiffres éloquents. En France, nous avons par jour :   
  •  200 décès dus au tabac,
  • 130 décès dus à l’alcool, 
  • moins de 1 décès dû aux drogues dites dures 
  • et par ailleurs 110 décès dus à la pollution. 
Et de part le monde, le tabac tue 6 à 7 millions de personnes par an ! Il se lance même dans une comparaison osée : La guerre 14-18 aura fait moins de morts que la période 2014-2018 par le tabac ! Et pour lui, les drogues très dures sont le tabac et l’alcool parce que cela commence par là …
Pour répondre à un maximum des questions soulevées, Arnaud Hertz, Président de l’association ADS BLR, a animé la séance autour de trois questions :
⧫  Qu’est que l’addiction ?
⧫  Comment s’en prémunir ?
⧫  Comment en sortir ? 

Qu'est-ce que l'addiction ?

L’installation de l’addiction est insidieuse, elle s’installe progressivement. Au début on boit un verre pour se désinhiber, puis deux, et de plus en plus. Le drame c’est que les personnes pensent que le produit va tout arranger, va les aider à décompresser … Et quand la  dépendance  s’est installée, la personne est obsédée par le moment où elle va pouvoir boire, à comment elle va trouver sa substance ..
Bien sûr, Jean-Luc Martin et même l’association Stop à l’Alcool n’en sont pas à dire qu’il ne faut pas du tout consommer. Les quantités limites varient en fonction des individus, mais il ne faut pas confondre l’usage qui conduit à un faible risque (2 verres par jour pour une femme, et 3 pour les hommes, avec 2 jours d’abstinence par semaine) et le mésusage qui conduit à des risques certains (5 à 7 verres par jour et 7j/7).  Pour l’addiction sans prise de substance, par exemple l’addiction aux jeux vidéo, il faudra s’inquiéter à partir de une à deux heures par jour. Il revient à chacun de se poser la question : est ce que cela empiète beaucoup sur ma vie privée ou professionnelle ?

Comment s’en prémunir ?


Contre toute attente, Jean-Luc Martin nous a parlé du sucre .. en effet, on associe très tôt chez les enfants, le plaisir, la fête, la récompense au sucre. Sans parler de la bouteille de Champomy qui elle aussi induit chez l’enfant qu’il ne peut y avoir de fête sans champagne, alcool … « Faites lui son plat préféré pour son anniversaire, des tomates farcies s’il aime cela, plutôt qu’un gâteau sucré avec du Champomy ! ». 
Pour les adolescents, retenons que les ados aiment prendre des risques et ont besoin de prendre des risques.  C’est pourquoi ils se lancent dans des expériences avec des produits.  Et pourtant, c’est très dangeureux pour eux car entre 11 et 17 ans, il y a une reconstruction neurologique. Donc toute ivresse à cet âge a une influence néfaste sur leur cerveau. Plus le produit est commencé tôt , plus c’est dangeureux... par exemple les cigarettes menthol dès l’âge de 11 ans. Il faut en parler simplement, et ne pas oublier que l’alcool et le tabac sont déjà des drogues dures, car un jeune qui n’a jamais fumé, ne se lancera pas d’emblée dans la consommation d’une drogue plus dure.  
Et si nous voyons dans notre entourage quelqu’un qui commence à sombrer dans la dépendance, retenons qu’il est inutile de lui dire « Arrête de boire » insiste Yves Daubannay de Stop à l’Alcool. Au contraire, la personne va boire encore plus. 
 
Alors retenons 4 conseils  :
- Pour les jeunes enfants, éviter d’associer le festif à l’alcool et au sucre.
- Chez les adolescents, les aider à gérer leurs émotions, stress, colère ...  le sport est évidemment un excellent moyen
- Toujours mettre de l’eau sur la table, et même de servir un verre d’eau, pour que les personnes commencent par boire l’eau et ne boivent pas de vin pour calmer leur soif.
- Attention à l’illusion de la bière désaltérante ! avec le sucre, cela conduit à avoir encore plus soif… Et donc à en boire une autre, et une autre ... Surtout pas de bière quand on a chaud et soif !

Comment s’en sortir ?

Deux témoignages de l’Association Stop à l’Alcool ont touché le public. Des témoignages vrais, du fond des tripes, qui nous ont montré que personne n’est à l’abri, que c’est une maladie souvent liée à un accident de la vie, ou chez les personnes angoissées … Mais ces témoignages nous ont montré aussi que l’on peut s’en sortir. S’en sortir en devenant abstinent, mais on n’est jamais guéri, car si la personne consomme à nouveau, même en quantité infime, elle va à resombrer car le cerveau s’est habitué à l’alcool.
Tous les deux s’en sont sortis. Pour Yves, c’était il y a douze ans (voir Témoignage Y. Daubannay "Portrait" publié dans Bagneux Info en 2015), et il a alors créé l'Association Stop à l'Alcool. C’est une association où les personnes malades alcooliques viennent pour parler sans être jugées.  Il y a aussi des Abstinents qui continuent à venir pour conforter les nouveaux malades. L’association est en lien avec les structures d’aide et peut orienter les malades vers celles-ci. Pour Florence, c’est plus récent, la rencontre avec l’Association lui a été salutaire et elle s’en est sortie il y a 4 mois. Elle a témoigné car en tant que femme, le tabou et le regard des autres sont encore plus durs à vivre. Et pourtant, quand elle a poussé la porte pour la première fois de la réunion de Stop à l’alcool, elle a pu constater qu’il y avait autant de femmes que d’hommes. 

Jean-Luc Martin a ensuite cité les structures d’aide (voir liste centres de soins et accompagnement) :
Les ELSA (Equipe de Liaison de Soin en Addictologie) : ce sont des structures multidisciplinaires d’aide au sein des hôpitaux, rares sont les établissements qui n'en ont pas. 



-      C.S.A.P.A. : Centre de Soins  d’Accompagnement et de Préventions des Addictions. C’est un lieu d’accueil avec médecin, infirmier, psychologue, éducateur, travailleur social et secrétaire. Après une évaluation du patient,  l’équipe multidisciplinaire accompagne le patient tout le temps nécessaire au sevrage et au soutien de celui-ci.  Des entretiens individuels ou de groupe sont proposés : groupe de paroles alcool, tabac, et également entourage car ces lieux peuvent aussi aider les proches. En fonction des C.S.A.P.A. d’autres soins sont proposés comme des ateliers de relaxation, tout dépend des objectifs de l’équipe et du service.
Dans les E.L.S.A. et les C.S.A.P.A., le lien thérapeutique qui s’établit entre le soignant et le malade est essentiel, c’est pourquoi il y a toujours l'existence d’un référent par patient. Ce sont les E.L.S.A. et les C.S.A.P.A.  qui orientent les malades en centres de cure. La demande de cure, écrite des mains du patient, dite aussi lettre de motivation, est le préalable du courrier médical destiné au contenu du dossier d’admission.
Les centres de cure :  il n’y a pas toujours de disponibilité immédiate dans les centres de cure, c’est pourquoi l’entourage familial et les associations telle que Stop à l’Alcool sont essentielles. Et Jean-Luc Martin a appelé à la vigilance : pendant  la cure, vous êtes pris en charge, on fait des mises à l’épreuve. Mais il faut préparer sa sortie, car quand le malade retourne à domicile, il retrouve ses problèmes et peut rechuter. Il est important de changer son environnement et d’apprendre à se détendre autrement.  De même, comme tout  convalescent,  il se doit de  continuer de rencontrer  les  professionnels de santé et les associations après la cure. L’intensité des soins diminuera progressivement  pour garder uniquement un contact hebdomadaire, et seulement quand l’acteur concerné sera prêt.

Il conclut sur ces paroles qui ne peut que nous inciter à la prévention : « Malheureusement, même après une longue période d’abstinence, on n’est jamais guéri, l’envie irrépressible de boire/fumer peut arriver n’importe quand. Le recours aux méthodes de relaxation*, très aidantes dans la gestion des risques de stress et d'angoisses permettent au patient de garder le contrôle de ses pulsions.(*notamment la sophrologie) ».  Pour aller plus loin sur l'addiction, une bibliographie de livres et films ...
Comme à l'accoutumée, nous avions invité un artiste pour illustrer le thème ; nous avons ainsi eu le grand plaisir d'inviter le chanteur-compositeur Nicolas Duclos qui a interprété deux chansons et  chanté une chanson de sa composition  qui a eu un grand succès : "Recommence"

La séance s’est terminée autour d’un verre (sans alcool !), et les participants ont été invités à tester le parcours préparé par Stop à l’alcool : celui-ci a pu montrer à tous ceux qui s’y sont essayé, à quel point il est dangereux de conduire après avoir bu.  
 

L'équipe du projet Yves Daubannay, Anne Billy, Jean-Luc Martin, Alain Piriot, Arnaud Hertz, Wei-Ying Thang, Florence